Pour les chrétiens, la Pentecôte commémore l'arrivée du souffle divin, l'Esprit Saint, sur la Vierge Marie et les disciples.
C'est la preuve irréfutable de la présence de l'Esprit-Saint parmi eux. C'est la confirmation que Jésus a tenu parole, qu'il ne les a pas abandonnés.
La Pentecôte se situe 10 jours après l'Ascension et 50 jours après Pâques.
Beaucoup de textes dans les Évangiles y font référence : Actes :1 - 47, Actes 2:1, Romains 10:13 ...
ANALYSE COMPARATIVE : GÉNÉRALITÉ.
Il serait tentant d’établir un tableau de correspondance entre couleur et signification, tableau qui serait alors trop réducteur.
En effet mille ans d’histoire médiévale ne peuvent se résumer en une classification trop simpliste. Ce serait oublier qu’une image ne prend son sens et sa signification que si elle est inscrite dans une géographie, une histoire, un contexte littéraire et une théologie temporelle.
Si certaines clefs de lecture perdureront jusqu’à la Renaissance, voire jusqu’à nos jours, on peut distinguer deux grandes périodes dont le XIIᵉ siècle en serait le pivot, telle une frontière, sans toutefois de limite absolue.
Outre la multiplication du livre à cette époque, à l’aube de la Renaissance un changement spectaculaire se produit dans la conception du monde.
Le mouvement ascendant, qui avait atteint son point culminant à la fin du Moyen Âge, va s’inverser : l’homme se tourne de nouveau vers la terre. Il redécouvre les beautés de l’univers tandis que les lois de la mécanique et de la causalité deviennent le fondement des sciences.
Sentiments religieux, irrationnel, mysticisme sont de plus en plus rejetés au profit d’une pensée avant tout logique.
L’art devient aussi plus réaliste et embrasse la totalité de l’univers connu.
Afin d'illustrer ce propos, nous vous soumettons une étude comparative d'une même scène, celle de la Pentecôte, réalisée au XIIᵉ siècle, au XVᵉ siècle, ainsi qu'une dernière version, une enluminure tardive, datant du XVIᵉ siècle.
Représentée dès le IVᵉ siècle cette scène liturgique illustre presque toujours le texte qui l’accompagne.
Le don de l’Esprit est représenté souvent sous la forme de langues de feu posées sur la tête des disciples.
Celles-ci émergent parfois du bec d’une colombe. Dans les Évangiles, la scène se passe dans une pièce close, la chambre haute.
- Cet épisode revêt pour les chrétiens de multiples significations :
il constitue une preuve indiscutable que Jésus était véritablement le Messie, il correspond à la promesse faite par le Christ d’être constamment présent auprès de ses disciples. Par le biais du don des langues, il favorise la réconciliation entre les hommes, et enfin, il offre une première représentation de l’Église, entendue comme une communauté d’hommes et de femmes guidée par l’Esprit de Dieu.
Bien que la « Pentecôte » soit présente durant les périodes romane et gothique, elle connaît une fréquence accrue à la fin du Moyen Âge, probablement en raison de l'émergence d'une réflexion approfondie sur l'Esprit. Cela a conduit à la création de la confrérie de Saint-Esprit ainsi qu'à l'établissement de l'ordre le plus prestigieux de la royauté française : l'ordre du Saint-Esprit, fondé en 1578 par Henri III.
ÉVANGÉLIAIRE DE REMIREMONT XIIᵉ SIÈCLE. .
Le S historié introduit la fête de la Pentecôte et permet de diviser la scène en deux parties distinctes. Dans la partie supérieure, on aperçoit un segment courbe peint en jaune représentant le ciel et symbolisant le monde céleste.
De cet arc de cercle sort à la verticale une main droite dont émanent huit rayons (*) qui aboutissent chacun au-dessus de la tête des apôtres. Ceux-ci sont au nombre de dix, onze ou douze, selon que l’on dénombre les nimbes ou les chevelures.
Le personnage central représente Pierre.
En effet, lorsque les artistes veulent privilégier les débuts de l'Église, ils mettent en avant les apôtres. Ce type de représentation insiste sur la naissance de l'Église et la prédication de Pierre, chef de l'Église.
La main de Dieu projetant les rayons est un trait iconographique assez rare que l’on retrouve particulièrement dans la tradition germanique. Il était plus fréquent de représenter l’Esprit sous la forme d’une colombe.
La palette des couleurs utilisée est réduite, c’est d’ailleurs une constante que l’on retrouve du VIᵉ siècle au XIIᵉ siècle.
LIVRE D'HEURES D'ÉPINAL XVᵉ SIÈCLE..
Cette enluminure provient d’un Livre d’Heures du XVᵉ siècle réalisé entre 1460 et 1480, probablement à Tours. En effet les techniques picturales offrent de grandes similitudes avec celles d’un des maitres de cette époque : Jean Fouquet.
L’artiste donne de l'épisode la vision sereine de personnages saisis par un évènement hors du commun.
Elle tranche avec son temps, ce XVᵉ siècle ravagé par la guerre de cent Ans et par son cortège de famines et d’épidémies.
La scène se déroule dans un édifice dont l’architecture rappelle l’intérieur d’une église.
Marie, personnage principal, est représentée de face, position proche de celle dite « en majesté », qui correspond à un état durable et parfait.
Les apôtres, au nombre de dix, forment des tâches colorées qui réchauffent la grisaille des pierres Ils l’entourent et l’accompagnent dans une contemplation silencieuse.
Surgissant d’une auréole d’or, une colombe plane au-dessus d’eux.
L’irruption du Divin se prolonge par des raies de lumière et des langues de feu.
Au cœur du quotidien, l’extraordinaire se répand.
De petites hachures d’or magnifient le manteau de Marie et viennent recouvrir presque complètement les vêtements des deux apôtres du premier plan.
La position de Marie, légèrement excentrée, permet à l’artiste d’introduire la colombe (**) par sa droite, créant ainsi un mouvement descendant. Le choix des couleurs de la coupole, identiques à celles des vêtements, accentue cette inclinaison.
C’est bien d’un transfert qu’il s’agit, un don accueilli dans la disponibilité et l’acceptation.
GRADUEL À USAGE DE SAINT-DIÉ XVIᵉ SIÈCLE..
Pentecôte tirée du Graduel de Saint-Dié, XVIᵉ siècle
La lettre S en partie recouverte introduit la scène. Les apôtres sont réunis en compagnie de Marie, figurée au centre de l’image.
L’Esprit-Saint représenté sous la forme d’une colombe (**) descend sur eux.
Cette représentation traditionnelle est ici complétée par des rayons lumineux évoquant ceux du soleil.
Dans le Graduel de Saint-Dié, la scène, tout en conservant un caractère religieux, devient plus réaliste. On aperçoit dans le lointain un paysage montagneux ainsi qu’un petit château.
La Vierge se dégage nettement au centre des disciples.
Sa présence attestée dès le VIᵉ siècle et fréquente dès le XIIᵉ siècle s’explique par la croyance ancienne qui fait d’elle la Reine et la Mère spirituelle des Douze.
De plus, dans les périodes où la dévotion mariale est forte, c’est le personnage de Marie qui s’identifiera avec l'Église et deviendra symbole d’unité.
Nous la voyons représentée avec un livre ouvert sur les genoux. Une tradition très ancienne remontant aux Byzantins fait de Marie « le Livre animé du Christ », celle qui contient en elle la sagesse divine.
Les apôtres, au nombre de douze, sont répartis de façon très équilibrée autour d’elle. Ils sont tous revêtus de parures vestimentaires aux somptueuses couleurs.
Afin de bien mettre en évidence la place de Marie, l’artiste l’a vêtue d’un manteau aux reflets dorés. Le bleu qui devrait lui être attribué subsiste néanmoins sur la doublure.
Cette scène fourmille de détails et d’ingéniosités techniques. Pourtant elle s’éloigne du texte qu’elle est censée illustrer.
En effet, la Pentecôte prend place dans une pièce close d’une maison de Jérusalem appelée le « cénacle », c’est avant tout une scène d’intérieur.
Ici tout est magnifié : les personnages, le paysage, la décoration de la lettre ainsi que celle des marges.
L’œil contemple chaque détail au détriment du sens premier de la Pentecôte : la descente de L’Esprit-Saint.
ANALYSE SYMBOLIQUE EN DÉTAIL.
Évangéliaire :
- Le « S » historié marque l'introduction de la fête de la Pentecôte et permet de segmenter la scène en deux parties distinctes. L'une est élevée tandis que l'autre est abaissée.
Livre d'Heures :
Graduel :
- La lettre « S » en partie recouverte introduit la scène. Les apôtres se trouvent rassemblés en présence de la Vierge Marie, représentée au centre de l'image.
Évangéliaire :
- Dans la section supérieure, on distingue un segment courbe revêtu de jaune, lequel évoque le ciel et symbolise le domaine céleste.
De cet arc émerge, à la verticale, une main droite, celle de Dieu. La « Manus Dei ou Dextra Dei » dans les représentations anciennes.
Livre d'Heures :
- La présence du divin est représentée par une colombe* symbole du Saint-Esprit.
Graduel :
- En cette page également, l'immanence de Dieu se manifeste par le biais de la colombe**.
(**) La colombe : est un animal au symbolisme complexe. Depuis la Haute Antiquité, quatre qualités sont attribuées aux colombes : tranquillité, fidélité, soin qu’elles portent à leur progéniture et facilité de leur domestication.
Dans la civilisation gréco-romaine, elle désigne la fidélité de l’amour, elle est aussi image de l’âme.
Dans l’Ancien Testament, on loue la rapidité de son vol, la tristesse de son roucoulement mais également sa fidélité.C’est depuis le « déluge » que la colombe devient le symbole de la paix retrouvée, elle deviendra chez les premiers chrétiens symbole de paix céleste.
On la rencontre pour représenter l’Esprit-Saint dans les scènes du baptême de Jésus, de l’Annonciation et de la Pentecôte dès le IVᵉ siècle.
Évangéliaire :
- De la main droite émanent huit rayons (*) qui se dirigent chacun au-dessus de la tête des apôtres.
Livre d'Heures :
- L'apparition du Divin se manifeste par des faisceaux de lumière et des langues de feu. Au cœur du quotidien, l'extraordinaire se manifeste.
Graduel :
- En ce lieu, il n'y a point de langue de feu, mais plutôt quelques rayons lumineux, rappelant ceux du soleil, qui émanent de la colombe. Cela nous éloigne davantage du récit évangélique.
(*) Les 8 rayons : Cela nous conduit au concept du huitième jour dans le christianisme, lequel est fréquemment interprété comme le symbole de la résurrection et de la nouvelle création.
- Conformément à la tradition chrétienne, le huitième jour fait référence au jour qui succède au sabbat (le septième jour) et symbolise une nouvelle ère, celle de la vie éternelle et de la rédemption engendrée par la résurrection de Jésus-Christ.
- Le concept du huitième jour, dans le cadre du retour du Christ, est profondément enraciné dans la théologie chrétienne, symbolisant à la fois une promesse et une attente d'un avenir glorieux : la restauration finale et complète du monde.
- Il est fréquemment associé à la conviction que, lors du retour du Christ, toutes les choses seront régénérées, mettant ainsi un terme au péché et à la mort.
- Le retour du Christ marquera le commencement du Royaume de Dieu sur terre.
- Ce huitième jour symbolise le moment où les croyants expérimenteront la plénitude de la présence divine, concrétisant ainsi les promesses énoncées dans les Écritures.
- Ce jour est aussi synonyme de la vie éternelle. La résurrection de Jésus, survenue le huitième jour, constitue un précurseur de la résurrection des croyants qui accéderont à la vie éternelle lors du retour du Christ.
- Le huitième jour est lié aussi au jugement dernier, moment durant lequel tout sera révélé.
Les croyants seront gratifiés pour leur foi et leur fidélité, tandis que ceux qui se sont opposés à Dieu seront confrontés aux conséquences de leurs choix.
Ce concept constitue un puissant symbole d'espoir pour les chrétiens, leur rappelant que, malgré les épreuves terrestres, un jour surviendra où le Christ régnera et où le mal sera définitivement vaincu.
Évangéliaire :
Livre d'Heures :
- Marie, en tant que personnage principal, est dépeinte de face, adoptant une posture qualifiée de « En Majesté », laquelle évoque un état durable de perfection.
Graduel :
- La Sainte Vierge se distingue clairement au cœur des disciples. Sa présence, attestée dès le VIᵉ siècle et fréquente à partir du XIIᵉ siècle, s'explique par une croyance ancienne qui la désigne comme la Reine et la Mère spirituelle des Douze. De surcroît, durant les périodes où la dévotion mariale est particulièrement intense, c'est la figure de Marie qui s'associera à l'Église et se transformera en symbole d'unité.
Évangéliaire :
- Le nombre des Apôtres est estimé à dix, onze ou douze, en fonction de la prise en compte des nimbes ou des chevelures.La Vierge Marie est absente de la scène. Elle ne se manifeste que tardivement dans les représentations de la descente de l'Esprit-Saint, tant en Orient qu'en Occident.L’Église soutient néanmoins que Marie était présente lors de la Pentecôte, bien que son nom ne figure pas dans le texte qui relate cet événement. Toutefois sa présence est attestée dans les Actes des Apôtres (Actes 1, 14).Sa mission consistera à témoigner de Celui qu'elle connaît mieux que quiconque, à savoir le Christ ; elle impliquera également qu'elle devienne pleinement Mère des Apôtres et Mère de l'Église.
Livre d'Heures :
- les Apôtres, au nombre de dix forment des taches colorées qui réchauffent la grisaille des pierres. Ils forment un cercle autour de Marie et l'accompagnent dans une adoration silencieuse.
Graduel :
- Les apôtres, au nombre de douze, sont disposés de manière particulièrement équilibrée autour de la Vierge Marie. Ils sont revêtus de parures aux teintes somptueuses.
Évangéliaire :
- Le personnage central incarne saint Pierre, qui occupe la fonction de chef de l'Église, attirant ainsi l'attention de tous. Lorsque les artistes souhaitent mettre en avant les débuts de l'Église, ils soulignent l'importance des apôtres. La présentation met en valeur l'émergence de l'Église ainsi que la prédication de saint Pierre, qui en assume la conduite.
Livre d'Heures :
Graduel :
Évangéliaire :
- La prééminence de l'or, tant pour le fond que pour les nimbes, inscrit immédiatement la scène dans un registre sacré.
Livre d'Heures :
- De délicates hachures dorées rehaussent le vêtement de la Sainte Vierge et viennent presque entièrement recouvrir ceux des apôtres au premier plan. Dans cette situation, nous ne nous situons plus véritablement dans le domaine du sacré, mais plutôt dans une quête esthétique.
Graduel :
- L'or est omniprésent et domine presque l'ensemble de la scène. Nous nous trouvons ici dans un contexte où l'artiste s'efforce d'éveiller l'admiration de ses pairs. La scène prend une dimension plus humaine et s'éloigne du registre sacré.
Évangéliaire :
- Une délicate lettre S peinte en rouge rehausse l'éclat de l'or et vient magnifier l'ensemble.
Livre d'Heures :
Graduel :
Évangéliaire :
- La palette des couleurs est restreinte, ce qui constitue d'ailleurs une constante observée du VIᵉ au XIIᵉ siècle. Les couleurs choisies n'ont pas de signification spécifique.L'accent est principalement placé sur la composition graphique, laquelle permet d'accéder à la contemplation du Sacré.
Livre d'Heures :
- La position prééminente de Marie, légèrement excentrée, offre à l'artiste l'opportunité d'introduire la colombe (**) par la droite, engendrant ainsi un mouvement descendant. La sélection des teintes de la coupole, identiques à celles des vêtements, renforce cette inclination.Il s'agit là, d'un transfert, un don qui est reçu avec disponibilité et acceptation.
Graduel :
- Dans le Graduel de Saint-Dié, la scène, tout en préservant son caractère religieux, acquiert une dimension plus réaliste, laissant entrevoir au loin un paysage montagneux ainsi qu'un modeste château.Le courant de pensée, initié par Maître Eckhart au XIIIᵉ siècle, développé et propagé par ses successeurs dans les siècles ultérieurs, a progressivement modifié la relation de l'homme à Dieu. Il n'est donc pas étonnant que l'homme soit maintenant positionné au cœur des représentations picturales.Le sacré est ainsi relégué à une dimension secondaire, marquant notre entrée dans une philosophie humaniste, où l'homo sapiens s'affirme comme le centre du monde.
Contact
Adresse postale
Mireille et Renaud Marlier
15, Route de l'envers
88120 BASSE SUR LE RUPT
Courriel
contact@enluminure-peinture.fr
Téléphone
+33 (0)7 81 92 54 12